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Stéphane Houdet :  » Pour profiter des Jeux, il faut soit gagner, soit tout donner! »

Stéphane Houdet participera à ses 4 Jeux Paralympiques à Tokyo. Tennisman depuis l’âge de 8 ans, il arrive au tennis fauteuil après un accident de moto. Après un passage au golf, il devient joueur professionnel de tennis en 2008 et participe à ses premiers Jeux Paralympiques à Pékin dont il revient avec la plus belle médaille en double. Par la suite, il enchainera les victoires en simple en grand chelem et sur les compétitions de référence et deviendra ainsi numéro 1 mondial.

Aujourd’hui encore, Stéphane est l’un des meilleurs joueurs du monde et se distingue par sa façon de jouer : « à genoux » avec un fauteuil différent de ses concurrents. Stéphane évolue avec un étonnant fauteuil, bijou de technologie qui lui confère une plus grande allonge et une propulsion importante. Il ne compte pas revenir les mains vides de Tokyo.

Stéphane, tu as été désigné porte drapeau début juillet de l’Equipe de France Paralympique. Quelle a été ta première réaction et aujourd’hui maintenant que l’émotion est peut être redescendue, comment tu te sens ?

Je suis très heureux.
Ma première réaction a été très modérée car nous attendions une annonce des résultats le samedi 6 juillet dans la matinée pour nous permettre de nous organiser le lundi avec le direct et l’annonce en exclusivité sur le JT de France TV. Et le vendredi soir, je suis à l’entrainement et entre deux passages à la chaise pour me désaltérer, je vois le nom du Directeur Général du Comité Paralympique (CPSF) apparaitre sur mon téléphone. Je pense aussitôt que c’est pour m’annoncer que je peux garder mon train pour Wimbledon lundi car ce n’est pas moi.  La connexion était mauvaise et je ne pouvais rien dire, j’avais mon entraineur avec moi mais je devais garder le secret et me contenir. C’était très dur. Mon coach a vite compris. Je l’ai dit à mon épouse aussi le soir en rentrant mais c’est tout. Le week end, nous étions à un mariage et les gens se demandaient et me demandaient car ils avaient tous voter. C’était difficile de garder le secret.
Le lundi matin on nous a caché avec Sandrine dans les bureaux du CPSF car personne ne devait savoir avant l’annonce au Journal de 13h. On était tous les deux seuls à savoir dans une salle, on s’est pris dans les bras, c’était un grand moment d’émotions partagées. Surtout que moi mes premiers Jeux, je les ai démarrés à Pékin avec elle sur son premier combat.

C’est la première fois que les portes drapeaux paralympiques sont désignés par un vote du public, est-ce un honneur supplémentaire ?

Oui c’est vraiment ça, une double reconnaissance. Au départ, la fédération de tennis me propose et je pensais n’avoir aucune chance comme en 2016 c’était déjà un tennisman (Mickael Jérémiasz). Mais comme c’était un vote du public, la fédération a tout de même voulu soumettre ma candidature. Ensuite ça été très rapide, on apprend l’an passé le système du vote du public mais rien depuis et en juin ça a été lancé, la campagne a été plus courte que prévue, l’annonce se fait on est presque déjà dans les Jeux Olympiques. Tout va très vite. Tout le monde n’a eu que 3 semaines pour voter mais la mobilisation a été très forte dès le départ et les résultats n’ont pas changé entre le début et la fin apparemment.

De plus, je trouve ce vote du public c’est une super idée. En France, on donne toujours notre avis sur la sélection des sportifs et là donner la parole au public sur la désignation du porte drapeau c’est super. La bonne idée du Comité Paralympique, c’est aussi que grâce à ce vote, les Français ont pu faire connaissance avec nos sportifs et les disciplines paralympiques.

Quelles sont pour toi les qualités d’un porte-drapeau ?

C’est vraiment le capitaine de cette Equipe de France, ça veut dire qu’il faut avoir de l’expérience et mener la délégation pour qu’elle performe dans ses objectifs sportifs. Le porte-drapeau doit aussi être capable de mettre l’événement à distance des sportifs pour que chacun puisse donner le meilleur de lui-même. Je ne suis pas une protection car ceux qui seront sollicités par les médias le seront quoiqu’il arrive mais plutôt une oreille bienveillante et à l’écoute de ceux qui y vont pour la première fois notamment et qui pourrait avoir des questions ou des doutes.
Je dois les préserver. Oui ce sont les Jeux et il faut savoir profiter mais on peut avoir beaucoup d’émotions et perdre beaucoup d’énergie avant le jour J de l’épreuve.
Pour reprendre mon expérience à Pékin en 2008, je vois la finale de Sandrine (Martinet) qu’elle perd, je pleure, je me laisse embarquer dans le côté supporter avec la pression du combat qu’elle est en train de vivre,  avec des montées et des baisses de tension qui font que tu puises dans ton énergie. Il faut savoir profiter de ce qui se passe sans se « cramer » en dehors de ton épreuve.
Quand ce sont tes premiers Jeux, t’as envie d’aller partout, voir toutes les épreuves, supporter les copains, visiter le village des athlètes, le restaurant. Il faut que je les mette en garde par rapport à ça, leur dire qu’ils pourront profiter mais après leur épreuve.
Il n’y a rien de mieux pour profiter des Jeux soit d’avoir gagné, soit d’avoir tout donné pour ne rien regretter.

Qu’as-tu envie de transmettre aux autres sportifs de la délégation ?

Je veux leur transmettre cette envie de gagner et de profiter après. On est très habitués, nous les joueurs de tennis à gagner ou à perdre mais à se remettre en question dès le lendemain. Il faut se remobiliser tout de suite après le match dans chaque tournoi.

C’est la première fois qu’il y a une seule et même équipe de France qu’est-ce que ça change ?

Il y a beaucoup plus de connexion avec les autres athlètes. On a déjà passé cette première journée d’annonce tous les quatre. Pour le binôme d’olympiens, Clarisse et Samir, il n’y a pas de différence, ils ne savaient même pas que les Jeux Paralympiques c’étaient après. L’idée c’est que ça puisse se transmettre aussi au public.

Au-delà de l’image as-tu vu un vrai changement, auprès du grand public notamment ?

Il y’a encore pas mal de chose à faire. Certains grands médias ont titrés uniquement sur les porte-drapeaux olympiques donc il y a encore du travail. C’est un élan et c’est une demande du public j’ai l’impression. J’ai été marqué à l‘US Open l’année dernière. C’est le premier tournoi qui se rejoue après la pandémie et ils sont obligés de s’organiser, ils annoncent tout de suite qu’il y aura des tableaux restreints et qu’il n’y aura donc pas de tennis fauteuil et c’est un « taulé » international, populaire et immédiat. Il y’a une telle réaction que dès le lendemain les organisateurs changent d’avis et réintègrent les tableaux de tennis fauteuil. Il y a un avant US Open et un après US Open. Aujourd’hui on est dans cet élan là mais il y a encore beaucoup de travail. On communique par exemple sur deux tableaux des médailles, un tableau des médailles olympiques et un tableau des médailles paralympiques. Si on veut aller au bout de cette démarche d’une seule équipe de France, on pourrait avoir un seul tableau des médailles.

Tokyo 2021 est une répétition avant Paris 2024 dans cette démarche d’une même bannière pour l’Equipe de France l’idée n’est elle pas de susciter l’intérêt en faisant émerger des personnalités paralympiques ?

Espérons que ça puisse se passer ainsi, on a fait une belle annonce et il faut que ce soit suivi aussi par des actes forts comme peut être ce tableau des médailles unique. On pourrait espérer aussi que  quelques épreuves soient présenter pendant les Jeux Olympiques à l’image de la médaille d’or de Joel Jeannot sur 1500 mètres au Championnat du monde en 2003 dans un Stade de France archi-comble.

Vous êtes 4 portes drapeaux avec Sandrine, Clarice et Samir, Quels sont tes liens avec les trois autres ?

Sandrine oui on se connait depuis Pékin 2008. Avec Samir et Clarisse, on se découvre mais on a passé une belle journée tous les quatre le jour de l’annonce. Samir m’expliquait notamment qu’il s’entrainait après Rio 2016 avec Jean Baptiste Alaize (sauteur en longueur paralympique) donc le milieu paralympique il le connait un peu.
Le fait qu’il puisse y avoir des entrainements en commun c’est aussi un beau symbole.  On l’a déjà vu avec Teddy Rinner qui l’a fait avec Sandrine ou encore Laura Flessel qui, quand elle était enceinte, s’entrainer en escrime fauteuil.
En tennis, on a eu aussi quelques exemples de tennismen blessés qui s’entrainaient avec nous.  Les entraineurs des joueurs de tennis travaillent aussi actuellement sur l’anticipation et viennent observés le tennis fauteuil et la technique du retourné pour améliorer l’anticipation. La différence au service de la performance.

Plus personnellement, quelles sont tes ambitions pour Tokyo ?

Clairement une médaille d’or en double avec Nicolas Peifer. En simple, ce sera bien plus difficile mais j’ai tout de même l’ambition de revenir avec le titre paralympique. Ça sera dur de gagner les trois matchs face à des joueurs talentueux mais avec mes derniers résultats, c’est possible.

Les Jeux ont été reportés d’un an, est ce que ça a changé quelque chose dans ta préparation ?

Pour les joueurs de tennis ça n’a rien changé. Moi je n’avais pas prévu de m’arrêter après Tokyo donc non. On a des grandes épreuves tout au long de l’année avec les tournois donc finalement les Jeux viennent s’intercaler dans le circuit des grands tournois.

Tokyo ce sera tes 4emes Jeux, est ce que tu seras là à Paris pour une 5eme fois ?

Oui, si je ne suis pas blessé et si je suis toujours compétitif.

Le para tennis est d’après toi un mélange de sport et de sport mécanique. Continues-tu de travailler avec les centres de recherche ? Est-ce que les innovations liées à ton fauteuil pourront servir plus tard au quotidien des personnes en situation de handicap ?

Alors mon propos c’est de dire que c’est un mélange de sport mécanique et de tennis et oui je suis reparti avec l’équipe de recherche qui avait fait mon premier prototype et on recommence. L’objectif est de faire le fauteuil le plus léger du monde.  A chaque fois qu’on fait du développement, l’idée c’est quand même d’avoir un outil pour une performance sportive mais qui pourra par la suite servir à tout le monde. Le record du monde aujourd’hui est à 6,2 kg et nous voulons descendre en dessous des 6kg mais à Tokyo mon fauteuil fera 10,5 Kg . Descendre sous les 6kg c’est un beau challenge.

Crédit photos : Cyril-Masson-Equipe-de-France

 

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