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« Même avec un handicap lourd, on peut devenir athlète paralympique »

 Interview de Sonia Heckel, championne de France et d’Europe de boccia. À Tokyo, la Française de 32 ans participe à ses premiers Jeux paralympiques. Elle vient tout juste d’entrer en lice. L’occasion d’évoquer ses ambitions mais aussi de (re)présenter ce sport, pratiqué par 3 000 licenciés dans l’Hexagone.

 

Pour la première fois, l’équipe de France de boccia participe aux Jeux paralympiques. Que ressentez-vous à cet instant ?

D’abord une très grande fierté de représenter mon pays dans cette discipline. Mais aussi de montrer que même avec un handicap lourd, comme le mien, il est possible de faire du sport à haut niveau. Et de participer aux Jeux paralympiques. Je suis super heureuse.

 

Quel objectif visez-vous dans la compétition par équipe ?

La médaille d’or. L’équipe a décidé de viser le plus haut possible. Nous avons travaillé pour, avec beaucoup de stages de préparation en amont.

 

Face à vous quelles sont les grandes nations de boccia? 

La Grèce, la Corée et d’autres encore… La France fait aujourd’hui partie du Top 10 avec ces nations. D’où nos ambitions. D’autant plus que toutes les équipes du tournoi ont un niveau à la fois très élevé et assez proche. Impossible de prédire à l’avance qui va gagner. Il faut craindre tout le monde.

 

C’est quoi la boccia? Ça ressemble à la pétanque?

D’un côté oui, ça ressemble à la pétanque : les joueurs doivent se rapprocher d’un cochonnet qu’on appelle le « jack. ». Sauf qu’on utilise des balles en cuir.  Certaines plutôt molles pour jouer à courte distance. D’autres plus dures et donc plus rapides, pour jouer long ou dégommer une balle adverse.

 

Mais ça ne se résume pas à de la pétanque…

Pas du tout. La boccia est un mélange de plusieurs disciplines. Question stratégie, ça s’apparente presque aux échecs, puisqu’il faut anticiper ce qu’on va jouer 1, 2, voire 3 coups à l’avance. Tactiquement parlant, ça se rapproche aussi du curling et du billard, car on se sert des autres balles afin de réaliser des coups en bande. Pour se placer ou éjecter une balle adverse. Cela reste donc différent de la pétanque, qui est un sport de précision, plus technique que stratégique.

 

Vous avez un sacré palmarès. Vous êtes trois fois championne de France…

Oui. Et même sextuple championne de France, car j’ai d’abord remporté des titres dans une autre catégorie. Vers 2007, j’ai commencé en jouant à la main en catégorie BC4, jusqu’en 2014. Puis ma maladie a évolué. Je suis atteinte d’une myopathie des ceintures, une maladie génétique avec une dégénérescence des muscles. Aujourd’hui, je n’ai plus la force de jouer à la main, j’utilise donc une rampe pour effectuer les lancers. Il me suffit de pousser une baguette avec la bouche pour déclencher le tir. Cela m’a fait passer en catégorie BC3.

 

Comment avez-vous découvert la boccia?

Au lycée, en cours d’EPS. Au début, on pratiquait ça comme de la pétanque avec des amis. Puis j’ai découvert les règles du jeu et la stratégie.

 

Parlez-nous de votre relation avec votre assistant, Laurent Brachet, qui place la rampe, selon vos instructions… Mais reste dos au jeu, sans possibilité de parler. Pas évident pour communiquer ?


C’est une entente assez particulière. Mais à force de s’entraîner, on finit par être en symbiose. Par exemple, si je lui demande de décaler le pied de la rampe sur la ligne, il sait tout de suite que je veux aussi l’orienter vers le jeu, pour aller chercher un angle vers le jack. Et non pas envoyer une balle long de ligne. Ce genre de détail a son importance, car le temps de jeu est chronométré.


Ce n’est pas trop frustrant pour lui?

Au début un peu. Cela dit, en fin de manche, il a l’autorisation de se retourner 10 secondes pour observer le résultat. Parfois il découvre le jeu avec surprise (sourire). Ça lui est déjà arrivé de me dire: « mais c’est parti dans tous le sens ! ». Il décortique aussi les vidéos d’après match. Sachant qu’on essaie de filmer le plus de rencontres possibles sous divers angles de caméras. Histoire de continuer à travailler à la maison.

Selon vous, la boccia pourrait-elle devenir un grand sport populaire et inclusif?

Je pense que oui. C’est une discipline que tout le monde, ou presque, peut pratiquer, qu’on soit une personne en situation de handicap, ou un valide qui souhaite jouer en loisir (NDLR : officiellement, la boccia est une discipline 100% handisport, il n’existe pas de compétitions pour les valides). Vous pouvez y jouer au camping pendant vos vacances. Il suffit d’avoir un petit espace avec du carrelage, quelques balles, voire une rampe. C’est vraiment tout simple à mettre en place.

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